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Adam Kurz | Download | HTML Embed
  • Aug 13, 2010
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1 4 Aurlie ALLAIN CRR Rouen, [email protected] LE FASCINANT DANS LART DANDR CAPLET Musicien du ravissement et de la contemplation, Andr Caplet exprime dans son uvre le sentiment de laspiration religieuse. Le sens de cet appel, par son caractre mystrieux et incomprhensible, porte lempreinte du fascinant. Proche de lexprience magique, le fascinant est ce qui chappe lintention. Prsence aveuglante, le fascinant se rapporte prcisment un lment qui nest pas rationnel, le sacr. Insparable de lexprience et de linstitution du religieux, le sacr est li une structure motionnelle : le sentiment du mysterium tremendum, du mystre qui fait frissonner . Ce sentiment 1 ambivalent deffroi et de fascination imprgne luvre dAndr Caplet dune dimension sublime proche du divin. Figure discrte de lhistoire de la musique du premier quart du XXe sicle, Andr Caplet manifeste un sens lev du recueillement. Vritable ascse, lart dAndr Caplet rside en une singulire harmonie de contrastes o lobscur et le fascinant se rassemblent, crant une impression dinquitante tranget. Cette qualit de sentiment se dvoile ds ses premires uvres avec lcriture de mlodies dont le traitement des timbres tmoigne dun profond dsir de recherche. Les vnements douloureux de la guerre dterminent lappel la contemplation qui reprsente le dveloppement de la grce, de la foi et de lesprance du compositeur. La Messe trois voix (1919), le Miroir de Jsus (1923) et la Sonata da chiesa (1919) soulignent limportance de cet appel, la fois irrsistible et effroyable. Les rivages de lenfance Les reliefs normands, ourls de vagues et dcume, bercent lenfance dAndr Caplet, septime enfant dune famille modeste. N le 23 novembre 1878 au Havre, Andr Caplet reoit, ds son plus jeune ge, une ducation musicale. Son pre, mlomane averti et accordeur de piano, discerne chez le jeune Andr des aptitudes prcoces et linscrit lcole de musique du Havre dans les classes de violon dAndr Hekking et de Michel Aquilina. Le jeune Andr progresse rapidement et remporte lge de neuf ans, en 1888, un Premier Prix de violon. Encourag par ses professeurs qui dtectent en lui une belle et forte nature musicale , il poursuit sa formation (criture, analyse et composition) auprs de Henry Woollett tout en assurant, paralllement, le rle de pianiste rptiteur ou de musicien dorchestre. Les annes de formation tmoignent dune approche pratique, thorique et analytique de lorchestre auxquelles appartiennent les premires pices, comme la Rverie enfantine pour violon 1 OTTO, Rudolf, Le Sacr : llment non rationnel dans lide du divin et sa relation avec le rationnel , Paris, Payot, 2001, coll. Petite bibliothque Payot , p. 36.

2 5 et piano, lcriture applique, reproduite dans la revue Zodiaque . Un autre manuscrit, 2 Adagio pour violon et orgue, est ddi : mon cher Maurice. Souvenirs bien fraternels. Son jeune Andr. En 1896, Andr Caplet est admis au Conservatoire de Paris dans la classe dharmonie de Xavier Leroux o il obtient, en 1897, un second Prix, puis, lanne suivante, le premier Prix. Ses bons rsultats se confirment avec lobtention en 1899 dun premier Prix de contrepoint et fugue dans la classe de Charles Lenepveu et enfin, en 1901, dun premier Prix daccompagnement dans la classe de Paul Vidal ainsi que du Premier Grand Prix de Rome. Ultime conscration de ces longues annes dtude, le Prix de Rome exalte les dons scniques et orchestraux du jeune Andr. Son intrt pour lorchestre se manifeste travers sa double activit de chef dorchestre et de compositeur. Crateur et chef dorchestre dune gale valeur, cest la parfaite harmonie de toutes les facults de cet artiste dlite que nous devons la prsence si rare dun sens musical complet, absolu ; et quel que soit le mode dexpression quil choisisse, cest toujours lme de la musique qui nous atteint par son intervention , 3 crit Yvonne Gouvern. Engag dans la vie musicale de la premire moiti du XXe sicle , Andr Caplet 4 se lie damiti avec Claude Debussy, auquel il voue une profonde admiration. De cette rencontre nat une collaboration fidle, qui se poursuivra bien au-del de la mort de Claude Debussy en 1918 avec la ralisation de plusieurs instrumentations et transcriptions. Nomm lange des corrections , Andr Caplet excelle dans lart de lorchestration. La guerre interrompt brusquement lnergie cratrice dAndr Caplet. Douloureusement prouv par les atrocits de la guerre, Andr Caplet se rfugie dans la contemplation des mystres divins. Andr Caplet et le sens du mystre Le sens du mystre, cest--dire linconnaissable et lirrationnel, enveloppe de son inquitante tranget luvre du compositeur. Ainsi, par un jeu de significations, de couleurs et de sonorits, Andr Caplet rejoint le domaine de lindicible. Naturellement quivoque, sa musique se rattache, linstar de Claude Debussy, au symbolisme. Son langage rcuse la description et se veut avant tout suggestif. Il en rsulte implicitement la recherche deffets musicaux o limage sonore de luvre musicale est essentielle. Si bien que le mystrieux se colore dimpressions puissantes en dpit de son caractre doucement irrationnel. 2 Zodiaque, n 107, janvier 1976, planche 2. 3 Yves-Marc [Yvonne Gouvern], Andr Caplet , Le Monde musical , 35 e anne, aot 1924, n 15-16, p. 269. 4 Membre des Apaches, Andr Caplet participe au Cercle de lArt Moderne du Havre fond par Georges Jean-Aubry et Othon Friesz. Enfin, il cre, aux cts de Gabriel Faur et danciens camarades du Conservatoire, la Socit musicale indpendante. Religiosit et Musique au XXe sicle, sous la responsabilit de Nathalie Ruget MINT-OMF 20 nov. 2008

3 6 Frmissement de la douleur humaine (Miroir de Jsus) ou cri damour (Hymne la naissance du matin), le mystre prside la naissance du fantastique. Envisag sous langle dune thaumaturgie sonore, le fantastique relve de toutes les nuances subtiles allant du ravissement jusqu langoisse o lide de mort devient obsdante. Le mystre, cest la prsence angoissante de labsence. Lextraordinaire puissance datmosphre de lunivers potique dEdgar Poe, son vocation de langoisse, de la mort menaante ou de lhorreur surnaturelle fascine Andr Caplet qui trouve dans lun des contes les plus terrifiants le Masque de la mort rouge, 1842, un exgte langoisse presque tyrannique du mystre, dont la Mort est la cause. Luvre connat deux tats successifs. En 1908, Andr Caplet compose une premire Etude symphonique pour harpe chromatique principale et orchestre cordes qui sera suivie en 1923 dune version de chambre pour harpe diatonique et quatuor cordes. Intitule Conte fantastique, luvre reprend en grande partie le texte mme dEdgar Poe, dans la traduction de Baudelaire : Rdant autour des proies quelle convoite, la Mort, spectre horrible et fatal, hante la contre Dans une atmosphre lourde dangoisse et dpouvante, cest, brusque et hideuse, lapparition du Masque de la Mort rouge, dont le rictus diabolique dnonce la joie rageuse et impitoyable de tout livrer lanantissement5 Caractris par des triolets de croches et un rythme haletant, le thme de la Mort apparat en porteur dangoisse. Soutenu par une structure harmonique quasiment invariable, le thme de la Mort signifie la fois la prsence de labsence et labsence prsente, lexistence inexistante et linexistence de lexistence, la prsence invisible de celui qui nest pas l . La rptition statique accentue limpression dtranget. Entre 6 la premire fois et la deuxime, souligne Pierre-Albert Castanet, un intervalle de temps sest coul qui rend litration novatrice, qui fait de linsistance une incantation, de la monotonie une magie, de la rptition stationnaire un progrs . Cest prcisment cet 7 effet qui conduit linstallation dun climat fantastique. La rptition engendre une perte du sentiment temporel, manifestation angoissante de linstant en instance. Le temps semble suspendu. Image de linexorable acheminement vers la destruction, la harpe envote et captive avant dapparatre, sous son vrai masque, en faisant rsonner, par le rythme lancinant des heures, le glas mystrieux de lhorloge. Le vritable fantastique de lAu- del souvre alors que la harpe grne lentement les douze coups de minuit dans une espce dloignement surnaturel. Lombre de la Mort stend peu peu et enveloppe les cordes dans sa nuit. Lintuition du mystre chez Caplet vhicule un contenu spirituel qui est insparable du processus de symbolisation. De par son indtermination temporelle la 5 Cit par Claude HAUTENAVE, Andr Caplet. Conte fantastique pour harpe ou piano et quatuor cordes , Lducation musicale, 1988, n 353, p. 5. 6 JANKELEVITCH, Vladimir, De la musique au silence . 2. Debussy et le mystre de linstant, Paris, Plon, 1976, p. 22. 7 CASTANET, Pierre-Albert, Hugues Dufourt : 25 ans de musique contemporaine , Paris, Michel de Maule, 1995, p. 296. Religiosit et Musique au XXe sicle, sous la responsabilit de Nathalie Ruget MINT-OMF 20 nov. 2008

4 7 musique se meut toujours mi-chemin entre le sens propre et le sens figur, entre le sens grammatique ou littral et le sens pneumatique , crit Vladimir Janklvtich. 8 Lexpression du symbole travers la prire Dinspiration lgiaque, la musique dAndr Caplet sapparente lesthtique symboliste. Courant artistique et spirituel n la fin du XIXe sicle, le symbolisme reprsente la nouvelle avant-garde de lpoque et marque une vritable rupture avec lesprit scientisme. Le symbolisme est effectivement un idalisme, tout empli de labstraction ncessaire lvocation lointaine, ne du symbole ; il transpose dans ce registre les sensations recueillies, et conoit par l-mme plus aisment les connexions interartistiques, voire lart total, comme il tend trs naturellement vers lau-del du rel. 9 Luvre dart devient un symbole ambigu, dynamique, unissant le monde des ides au monde des choses. Anim par le dsir de saisir linexprimable, Andr Caplet revendique lextrme pouvoir de linsolite et du mystre. La prire constitue cet gard le temps privilgi de linsolite parce quelle annonce le rgne de la vie immobile. Religieuse au sens latin du verbe religare qui signifie relier, la prire consiste en un mouvement de lme tendant une communication spirituelle avec Dieu. Acte de dvotion, la prire devient lcho de la voix mditative de lme. Ainsi sexplique peut-tre pourquoi le musicien ne ralisera pas dorchestration de ses uvres religieuses. Le corpus des mlodies religieuses propose, par linluctable suggestion, lexploration du mystre. Le glissement vers le bas marque une inclinaison fondamentale au-del mme du non-tre qui est pour ainsi dire rvlateur du mystre de la destine. Cette tendance se retrouve dans Prire normande. Figure 1 : Andr Caplet, Prire normande, Paris, Durand, 1918, p. 4. 8 JANKELEVITCH, Vladimir, Op. cit., p. 20. 9 PISTONE, Danile, Le symbolisme et la musique franaise la fin du XIXe sicle , Symbolisme et musique en France 1870-1914, Paris, Honor Champion, 1995, p. 11. Religiosit et Musique au XXe sicle, sous la responsabilit de Nathalie Ruget MINT-OMF 20 nov. 2008

5 8 De mme, les notes rptes crent une impression de mystre stagnant. Cest donc travers le symbole que le compositeur parvient la contemplation de lAbsolu. La voix humaine devient alors linterprte privilgi de sa foi ardente et intimiste. Essentiellement sensible tout ce qui palpite et chante, touch par le plus fragile, le plus nuanc des instruments, Caplet a si souvent livr ses panchements la voix humaine, que son uvre vocale prend limportance dune nervure principale creuse par le lent travail dune constante prdilection10. Le souffle de la dvotion Place sous le souffle de lesprit religieux, la voix dans luvre dAndr Caplet nest autre que le reflet de la parole invisible et incre. Elle clbre, de sa puissance, les mystres de grce et de sanctification. Cri spontan de la pense et du sentiment religieux, le chant constitue ainsi une expression forte de dvotion. Les Prires, la Messe et surtout le Miroir de Jsus rvlent une dramaturgie mystique o le sentiment du sublime produit une impression puissamment numineuse. Longue mditation pour mezzo-soprano, chur de femmes 3 voix, orchestre cordes et harpe, le Miroir de Jsus (1923) magnifie les saints mystres du Rosaire. Ecrit sur quinze petits pomes dHenri Ghon, le Miroir de Jsus se divise en trois chapelets retraant les mystres de la foi catholique. De lAnnonciation au Couronnement au ciel, chaque miroir ou chapelet reflte lide du tout absolu. Le plan, semblable celui de la rcitation du Rosaire, suggre limage du cercle dont le symbolisme recouvre celui de lternit ou des perptuels recommencements. Cest prcisment dans ce rapport linfini que se situe le sublime. Lors de lapprciation esthtique par laquelle on juge dune totalit ainsi incommensurable, le sublime ne se situe pas tant dans la grandeur du nombre que dans la manire dont nous arrivons toujours, au fil de notre progression, des units de plus en plus grandes ce quoi la division systmatique de ldifice du monde apporte sa contribution, en nous reprsentant tout ce qui est grand dans la nature sans cesse comme petit son tour, mais aussi et plus proprement en nous reprsentant notre imagination, dans toute son absence de limites, et avec celle-ci la nature, comme svanouissant devant les Ides de la raison, quand limagination doit en procurer une prsentation qui leur soit adquate 11, atteste Kant dans la Critique de la facult de juger. Il existe ainsi une affinit entre lorganisation de luvre et lide du sublime. La rfrence au chiffre trois, en tant que symbole de perfection de lunit divine, se repre aisment dans lorganisation de luvre. 10 Yves-Marc [Yvonne Gouvern], Andr Caplet , Le Monde musical , 35 e anne, aot 1924, n 15-16, p. 269. 11 KANT, Emmanuel, Critique de la facult de juger, Paris, Aubier, 1995, p. 238-239. Religiosit et Musique au XXe sicle, sous la responsabilit de Nathalie Ruget MINT-OMF 20 nov. 2008

6 9 MIROIR DE JOIE MIROIR DE PEINE MIROIR DE GLOIRE Annonciation Agonie au jardin Rsurrection Visitation Flagellation Ascension Nativit Couronnement dpines Pentecte Prsentation Portement de Croix Assomption Recouvrement Crucifixion Couronnement au ciel Les quinze mystres sont introduits par trois voix solistes a cappella qui enluminent luvre dune dimension autre, le mystrieux. Figure 2 : Andr Caplet, Le Miroir de Jsus, Paris, Durand, 1924, p. 13. Cette dimension, puissamment magique, traduit le sentiment du mirum, de ltonnement qui provoque la stupeur devant une ralit transcendante. Transcender signifie dpasser. Par la prsentation de chaque mystre, les voix accompagnantes veillent labsolue supriorit. Miroir de la parole divine, elles invitent un profond recueillement ou au contraire provoquent le frisson et le saisissement dhorreur. Vitrail aux mille teintes, le chur est la voix inspire du mystrieux qui se manifeste par des visions prophtiques, terrifiques, extatiques, symboliques. Dune simple note contenant une syllabe de grands chapelets sonores, les voix se diffractent en un mouvement vibratoire au caractre magique et surnaturel. Le rcit, conduit par la voix principale, est marqu par un style proche de la dclamation parle. Andr Caplet sinspire ici de la cantilne grgorienne et des rcitatifs liturgiques o le chant reflte, par la diversit des intonations, les nuances multiples de la pense et du sentiment religieux. Lhistoire de la restauration du chant grgorien la croise des XIXe et X Xe sicles montre limportance dun un retour aux anciennes traditions dont le compositeur Andr Caplet est un fervent partisan. Il effectua, en effet, plusieurs sjours Solesmes o il tudia les caractres fondamentaux du chant grgorien : lalliance intime du chant avec les formules latines et en consquence la nature de son rythme essentiellement libre son caractre profondment religieux son ordonnance au culte divin. Religiosit et Musique au XXe sicle, sous la responsabilit de Nathalie Ruget MINT-OMF 20 nov. 2008

7 10 Expression la fois douce et anime de la prire, le chant de la soliste clbre lapparition de la vie et du triomphe des joies surhumaines. Au dernier tableau, Andr Caplet emploie brivement la voix parle sur des rythmes nots puis le chant-parl (sprechgesang) qui provoque une rupture saisissante. Cet effet marque lavnement du sacr. Lexprience du sacr, souligne Jean-Jacques Wunenburger, se prsente, dans ses diverses modalits, comme une perception diffrentielle du monde et des tres, comme une vritable rupture ontologique, par lesquels lhomme se rend prsent lAbsolu . Irradie dune lumire indicible, le chant de la soliste est accompagn par 12 une couronne de gammes extrmement rapides de nature oscillatoire, ultime prire avant la disparition au ciel de Marie. Ce mouvement ascensionnel correspond aux formes enivrantes du sacr, au vertige dionysiaque, lextase et lunion transformante, mais cest aussi plus simplement la bont, la misricorde et lamour de la divinit pour ses cratures . 13 Figure 3 : Andr Caplet, Le Miroir de Jsus, Paris, Durand, 1924, p. 88. Chacune des trois parties, prcdes dun prlude instrumental, tmoigne dune attention minutieuse lorchestration o se manifeste, par la mdiation dune peine, le surplus du fascinant. Le long prlude du Miroir de Peine adopte une criture lunisson. Les quatre instruments cordes, hormis la contrebasse, dbutent par un passage trs lent et sans rigueur de mesure lexpression hautement funeste. Procd musical souvent tragique, lunisson engendre un sentiment de peur qui loin de sachever dans une rsolution libratrice se termine dans labme dune succession de quintes vide. Une lente agonie sensuit par langoissant battement de la marche que scandent la contrebasse et la harpe. 12 WUNENBURGER, Jean-Jacques, Le Sacr, Paris, PUF, 1981, p. 19. 13 CAILLOIS, Roger, Lhomme et le sacr, Paris, Gallimard, 1950, p. 48. Religiosit et Musique au XXe sicle, sous la responsabilit de Nathalie Ruget MINT-OMF 20 nov. 2008

8 11 Couronnement des mystres du Rosaire, le Miroir de Jsus exprime par la prsence du fascinant, lAbsolu. Horreur indicible et splendeur insigne forment ainsi le double caractre du fascinant. Religiosit et Musique au XXe sicle, sous la responsabilit de Nathalie Ruget MINT-OMF 20 nov. 2008

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